• Jeux vidéo
  • »
  • Dossiers
  • »
  • La durée de vie des jeux vidéo
  • »
  • La durée de vie peut-elle se définir ?

La durée de vie des jeux vidéo

La durée de vie des jeux vidéoDepuis le commencement, les jeux vidéo suscitent chez les joueurs un enthousiasme exacerbé. Habitués des licences fortes portées par des héros aussi charismatiques que Snake, Link, Mario, Leon Kennedy ou encore Masterchief, nous nous enivrons souvent de jeux aux potentiels dissemblables. Mais qu'est-ce qui nous pousse vraiment à jouer ? Quelle est cette incroyable force qui pousse les gens à vouloir persévérer dans un univers artificiel ? Une excitation à fleur de peau qui frôle la caresse. Et une fois terminée, qu'en reste t-il ? Parfois une impression d'achèvement mérité, parfois une jouissance sans égale, mais trop souvent la frustration est d'autant plus grande qu'elle s'accompagne d'un goût amer, sensation latente d'une œuvre inachevée. Quel est l'intérêt que l'on porte aux jeux vidéo aujourd'hui ? Pourquoi jouons-nous aux jeux vidéo ? Que recherchons-nous ? Pour qui sont fait les jeux vidéo ? Les jeux vidéo doivent-ils répondre à une seule et unique problématique, à un seul et unique besoin ? Certainement pas, et c'est ce que j'ai cherché à comprendre dans cet article.
26 Février 2008 - Elf

Les bases de la durée de vie

Surfant sur le net, je suis tombé sur un article traitant, avec un enthousiasme certain, de la durée de vie des jeux vidéo. Le cheval de bataille était l'hymne aux jeux courts mais intenses. Ahhhhhh, ce vieil étalon décrépi plus bon à rien qui nous pousse fréquemment, nous les joueurs, à systématiser de vains combats. Nous autres joueurs, qui ne cherchons que trop rarement à comprendre nos vrais besoins, et bien plus souvent à se contenter de ce qu'on nous offre "gracieusement".
Je suis de ceux qui soutiennent l'effort des développeurs à vouloir nous proposer des expériences longues et soutenues. Je suis de ceux qui pensent qu'un jeu court n'est pas forcément mauvais, mais perd alors une part indéniable de son intérêt. Je suis de ceux qui pensent qu'un jeu ne doit pas se contenter d'être un produit éphémère, soutenu par des artifices marketing. Pourquoi ? Parce que je suis de ceux qui pensent que pour profiter d'une histoire, il ne suffit pas d'être plongé dans le feu de l'action, mais surtout d'y être progressivement immergé afin de prendre son défi au sérieux. Je ne suis pas de ceux qui se contentent d'un jeu apéro, qui ne nous satisfera que pendant une courte poignée d'heures. Je suis de ceux qui savent apprécier les choses simples, dès lors qu'elles s'autorisent à ne pas être que des choses sans intérêt.

Qu'on me parle de Call of Duty 4 et de son aventure soutenue, je suis entièrement réceptif. En revanche, si le seul argument est de m'affirmer que l'expérience de jeu propose un spectacle "Hollywoodien" (avec toute la pauvreté intellectualisante qui va avec), je me sens floué. L'action pour l'action, ce n'est pas nouveau, ça a toujours existé et ça existera toujours. En revanche, pourquoi un jeu vidéo pourrait se permettre d'être un défouloir sans plus "d'intérêt" ? Un défouloir dont l'intensité de l'action serait fort bien mise en scène, mais dont l'intérêt scénaristique pousserait les plus mauvaises expériences cinématographiques du genre dans leurs retranchements.
Il est facile de dire que les jeux longs sont des jeux forcément régentés par une absence d'originalité et une répétitivité exacerbée. Et les jeux de rôle, trop souvent en première ligne, sont les fantassins d'une guerre injuste, envoyés à l'abattoir pour l'intérêt d'autres partis. Mais la question est-elle vraiment de confronter des ambitions différentes ? Tout n'est qu'une question de dosage ! Passer rapidement sur un scénario d'une pauvreté affligeante, est-ce mieux que de faire la part belle à la contemplation et à la découverte ? Une question de désir et de dosage.

Prenons The legend of Zelda Twilight Princess sur Wii. Sous certains aspects, l'histoire se développe de manière on ne peut plus classique. Description du bien, du mal, du héros qui pourra tout changer et de l'univers qui en est affecté. Classique, mais la progression et le rythme laissent le temps au joueur de découvrir les subtilités d'un univers aussi vaste qu'intelligemment construit. Plus l'aventure avance, plus on prend sa mission à cœur, plus le travail des développeurs est contemplé, et plus on constate les subtilités d'un merveilleux gameplay.
D'un autre côté, on peut trouver Shadow of the colossus, dont l'histoire n'est qu'un prétexte à la contemplation. Dès les premières minutes, le ton est donné. Inutile de trop en dire, inutile de trop en dévoiler. Le minimum suffit. Dès les premières minutes de jeu, la quête semble déjà nous dépasser. Mais quel est donc l'intérêt de poursuivre ces fameux colosses de pierres et d'argile ? Quel est le but inavoué d'une telle quête ? On ne sait rien, et pourtant... Et pourtant, au bout de quelques géants, le jeu dévoile son potentiel. Chaque aberration de la nature dévoile ses subtilités. Le joueur, aux commandes d'un gameplay brut et intelligent, en dehors de toute interface disgracieuse, de toute restriction, doit mener sa quête à bien, sans qu'il sache précisément ni comment, ni pourquoi ! Cette approche scénaristique prouve que nul ne sert de materner le joueur pour atteindre son but, le divertir. Mais ce genre d'aventure, bien que particulièrement valorisante pour le joueur, ne connaît que trop souvent un échec populaire.
Zelda Twilight Princess
Shadow of the colossus
Call of Duty 4

Qu'est-ce qu'un jeu long ?

Avec de tels exemples, on comprend vite qu'il est possible de nous proposer des expériences de jeu profondes, soutenues et longues, sans pour autant s'engouffrer volontairement dans les travers de la facilité émotionnelle ou conceptuelle. Pourquoi devrions-nous nous contenter d'une aventure bridée, quand on sait à corps et à cris qu'on aurait pu avoir une expérience digne du médium qu'est le jeu vidéo, longue, intense et qui nous laisse un souvenir impérissable ?
Et ce n'est pas l'excellentissime Resident Evil 4 qui me fera dire le contraire. Avec cette œuvre unique, Capcom a réorienté intelligemment le jeu d'action, en proposant certainement une des dernières grandes œuvres d'aventure en date, faisant preuve d'une rigueur de mise en scène, d'action et une intelligence de scénario, tenant le joueur en haleine sur plus d'une trentaine d'heures. Le tout rythmé d'une manière absolument exemplaire, sans aucun temps mort. Exceptionnel ?! Certainement... Unique ?! Certainement pas… La vraie question est : "Pourquoi un tel traitement de faveur ?"

Quand on prend un peu de recul, on constate avec assez d'effroi que les jeux longs, excitants et complets n'ont jamais été légion. De nos jours, on en fait tout un plat, mais à mieux y regarder, ils sont aussi rares que la notion de "durée de vie" est floue. Car qu'est-ce que la durée de vie ? Peut-elle se distinguer de la notion de plaisir ludique ? Peut-elle s'affirmer comme porte parole d'une cause perdue d'avance ? La vraie question ne serait-elle pas de savoir ce que veulent les joueurs? Que recherchent-ils au juste ? Où se situe leur plaisir ? Que dire d'un Shoot'em up, quintessence du jeu de scoreur, où la difficulté, souvent élevée, transcende les gamers pendant des dizaines et des dizaines d'heures de jeu ? Je ne m'étendrai pas (en tout cas pour le moment) sur un exemple encore plus fameux, un certain jeu de briques russe, popularisé par un géant japonais dans les années 80. Car la notion même de durée de vie est mise à mal par des jeux tels que Tetris.

En revenant sur les plus grands succès de l'histoire du jeu vidéo, que remarquons-nous ? Quel mystère cache chacune de ces réussites populaires ? La première chose que l'on constate est l'irréprochable durée de vie que chaque licence recèle. Excellente, car chacune propose un plaisir unique et renouvelé. Prenons les 30 plus grands succès du jeu vidéo, sur les 30 dernières années. Voyageons ensemble sur les traces de ces fameux succès historiques planétaires.
Resident Evil 4
Resident Evil 4
Tetris DS